... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
Affichage des articles dont le libellé est artaud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est artaud. Afficher tous les articles

mercredi 24 mai 2023

Une liqueur

 Mes rêves sont avant tout une liqueur, une sorte d'eau de nausée où je plonge et qui roule de sanglants micas. Ni dans la vie de mes rêves, ni dans la vie de ma vie je n'atteins à la hauteur de certaines images, je ne m'installe dans ma continuité. Tous mes rêves sont sans issue, sans château fort, sans plan de ville. Un vrai remugle de membres coupés. 
 Je suis, d'ailleurs, trop renseigné sur ma pensée pour que rien de ce qui s'y passe m'intéresse: je ne demande qu'une chose, c'est qu'on m'enferme définitivement dans ma pensée. 
 Et quant à l'apparence physique de mes rêves, je vous l'ai dit: une liqueur.

Le Mauvais rêveur, Antonin Artaud, in L'ombilic des Limbes, Poësie/Gallimard, p.183 

vendredi 27 octobre 2017

Pour en finir...


Une intensité, un poëme, une vie

dimanche 29 janvier 2017

séparées

  Et voici d'ailleurs toute la question:
  Y a-t-il vraiment des principes ? Je veux dire des principes séparés et qui existent derrière les choses ? Où, en d'autres termes, les dieux de la nomenclature païenne ont-ils une existence moins affirmée et moins valable que les principes qui nous servent à penser , Et cette question en fait naître une autre: Y a-t-il dans l'esprit de l'homme des facultés vraiment séparées ?
  On peut d'ailleurs se demander si un principe est autre chose qu'une simple facilité verbale; et cela ramène à la question de savoir s'il y a quelque chose en dehors de l'esprit qui pense, et si , dans l'absolu, des principes existent comme des réalités, ou comme des êtres qui divisent leurs énergies.
  Dans quelle mesure, et si haut qu'on remonte vers l'origine des choses, des principes, vivant comme des réalités séparées, échappent-ils à un jeu de l'esprit autour des principes ? et y a-t-il dans l'homme lui-même des sortes de facultés-principes, qui auraient une existence distinctes, et pourraient vivre séparées ?
  Y a-t-il des moments de l'éternité qui puissent se fixer comme des notes de musique se fixent et se retrouvent par les nombres ? - et ces notes sont séparées ?

 extrait de Héliogabale ou l'anarchiste couronné (L'Imaginaire/Gallimard) pp. 58/59

lundi 11 juillet 2016

Artaud Burlesque Peyotl...

  (...)
  Plusieurs indiens tenaient leur main à la hauteur de leur ventre et heurtaient la terre de leur poing gauche en roulant vers moi des yeux furibonds.
  Il y eut pire, et ça ne se passait pas chez les Indiens de la montagne, bien que ça se passât ailleurs, indubitablement en même temps.
  - Mais enfin, qu'est-ce qu'il y a et qu'est-ce que vous me voulez , leur hurlai-je un après-midi, et qu'est-ce que c'est que ces simagrées ?
  Ils me regardèrent en éclatant de rire, tout pleins de pitié pour ma naïveté.
  - Monsieur, laissez-les, il ne faut pas les troubler, ils envoûtent, me dit mon guide terrifié.
  - Comment, ils envoûtent ? Ils lancent sur moi des ondes affreuses et il faudrait leur laisser la paix ?
  Et en effet autour d'eux s'élevait une espèce de poussière rouge ocrée, par endroit noire.
  - Ils vous envoûtent; ils disent que vous y voyez trop clair, que ce monde est faux, que les choses ne sont pas ce qu'elles apparaissent, que vous le savez, que vous êtes seul à vouloir le dire; que tout ce qu'on voit n'est qu'une façade, que la conscience déborde sur la conscience, que ce que les gens font ouvertement n'est rien à côté de ce qu'ils font en se cachant, etc., etc.
  Je crus d'abord que c'était la terre qu'ils soulevaient de leurs poings, puis je m'aperçus que cette poussière se formait en réalité un peu au-dessus d'eux, après une zone de vide qui ceinturait étroitement leurs corps.
  Cette poussière était au-dessus de leurs corps comme la flamme d'un alcali volatil.
  Quand ils n'étaient que deux ou trois à psalmodier et à se débattre, la flamme s'éteignait rapidement, mais pour peu que leur nombre augmentât, la flamme prenait des allures de tornade, et revêtit un certain jour l'importance d'une poche de pot au noir.
  - Mais enfin, que font-ils exactement, demandai-je à mon guide, en grattant la terre de leur poing gauche tandis qu'ils tiennent leur main droite à hauteur de leur nombril ?
  - C'est que ce n'est pas leur nombril, me dit alors mon guide troublé.
  Je regardai mieux et m'aperçus enfin que mes Indiens se masturbaient purement et simplement en me fusillant de regards, qui me paraissaient comiques, mais qui, pour eux, sans doute, voulaient être assassins.
  - Ah les saligauds,ils m'envoûtent en se masturbant et ils lancent sur moi des tornades de miasmes sortis de leurs sexes de pourceaux. Eh bien, nous allons voir ça.
  Ils étaient sur le versant de la montagne opposé à celui sur lequel je me trouvais. Un torrent nous séparait. S'ils avaient été près de moi je leur aurais sans hésitation tranché la gorge.
  Mais ma rage sans nom me prit, autant de l'ignominie de la manoeuvre que de l'impossibilité où je me trouvai de les égorger.
  Et tout à coup la mémoire me revint et je compris toute mon existence.
  J'étais sur le point de demander à mon guide: " Mais enfin, qu'ont-ils contre moi ?" lorsque je m'aperçus que je le savais moi-même, et que ce qu'ils avaient contre moi était d'être Artaud crucifié à Jérusalem et qu'ils voyaient comme ressuscité - et qu'il fallait à tout prix et par tous les moyens l'empêcher de retrouver et la mémoire et son antique personnalité.
  Et pour cela il ne fallait à aucun prix que je pusse prendre du peyotl et me faire délaver l'esprit par le rite de la râpe noire, ce pourquoi toute la montagne se dressait contre moi.
  Le but était mon asphyxie, ma mort et je dois dire que par moment ils furent bien près d'y arriver.
  Comment je pus renverser la barrière,
  en faisant, comme eux, et moi aussi de la magie, mais pas de la même façon qu'eux.
  - Et moi aussi, je suis peintre, me dis-je, en les voyant sortir de leurs corps ces forces de miasmes sombres, qui se rassemblaient à cinquante centimètres au-dessus de leur colonne vertébrale; devant leurs rotules, leur ventre, leurs pommettes et leurs poumons.
  Mais derrière ces envoûtements il y en avait d'autres et j'en voyait à perte de vue au-dessus de leurs têtes, comme sis l'espace en s'abolissant avait dissous la ligne d'horizon et montré la terre comme une planisphère libérée des quatre points cardinaux.
  Et au-dessus d'eux c'était plus grave, infiniment plus grave que chez eux.
  C'est que les indiens, même mauvais, se sont toujours retenus de sombrer dans la bestialité intégrale, comme le reste de l'humanité.
  La dernière pudeur devant le mal complet: l'abjecte pulation du christ érotique rouge, mangeant en testicules son propre cervelet sexualisé, ce sont le rouges qui l'ont conservé. C'est ainsi que je n'ai pas vu au Mexique les innénarrables scènes de sodomisation à la chaîne qui ont lieu journellement dans des partouzes, à Paris comme au fond de l'Asie. - Les envoûtements pour agir ont besoin de la masse. - Et quinze personnes empilées l'une sur l'autre ont beaucoup de force pour faire venir le mauvais esprit qu'une seul au fond de son lit. - D'ailleurs il n'y a pas de mauvais esprit, il y a quinze personnes déshabillées dans des attitudes macaronesques où le vrai théâtre aurait de hautes notions techniques à prendre s'il ne redoutait pas tant de fricoter !
  Le but est de se transférer par succion le corps d'un autre.
  (...)

extrait de Les Tarahumaras (L'Arbalète) pp 129/132 Antonin Artaud




vendredi 4 décembre 2015

K...

extrait de l'abécédaire - hommage à Deleuze - de Liliane Giraudon à découvrir sur Diacritik

jeudi 19 juin 2014

je ne suis qu'un corps.

C'est moi, Artaud, Antonin,
cinquantes piges,
qui le fais,
de prendre la peau, et de la crever,
au lieu d'attendre son rétablissement physiologique par suppôt dans le sens de papa nouveau,

de même que quand le vertige a lieu,
je ne m'en réfère pas à dieu 
de redresser les enfants du père,
mais premièrement
je laisse pisser le mérinos, en frappant à coups de pied les êtres, pour qu'ils s'éloignent de mon feu,

car je suis, comme chacun sait,
ce grand génie,
et qui le dit,
qui a écrit,
non la Kabbale,
le Popol-Vuh,
les Brahma-Putra,
les Kame-Yoni
et Ji ni ini ini
de tous les imputés yogis.
mais cet avant mamtram
de crasse,
de pestilence
et de sanie
par où a suppuré
la vie
en avançant vers la paroi d'affre durcie
et de grésil
que le rhume toujours transi
de l'être
râpe à mort
quand elle mûrit
la langue de son incendie.
pp 190/191




Compénétration,
pénétration, 
ma langue,
mélangue,
ma langue,
rapprochement,

pas d'espace,
pas d'infini,
pas de lointain,
pas de registre,
pas d'ensemble, pas de général,
pas de total,
pas d'harmonie;

tout à vau-l'eau
mais pas moi,

pas de contact,

pas de frôlement,
pas de rapprochement, 
pas de pénétration,
pas de compénétration, 
pas de copulation,
pulation.

Mettre en contact
des molécules principes
et les forcer
à se briser l'une sur l'autre
le con, juré
au moyen d'une série de propulsions répétées
qui obéissent aux mesures d'une danse
dont l'acte sexuel
n'est que la caricature
bestiale et avortée.

Or je suis le père-mère,
ni père, ni mère, 
ni homme ni femme,

j'ai toujours été là, 
toujours été corps,
toujours été homme.

Les choses ne sont pas vues du haut de l'esprit par-dessus le corps,
mais faites par le corps, 
et à son niveau,
beaucoup plus infini que celui de tout esprit.

Sans loi
autre que
celle d'une 
équité
extrêmement
ténébreuse,
scrupuleuse
et obstinée.

Ne pas oublier
la gueule
de Lucifer
sous son maquillage 
de père éternel,
ricanant à travers les barreaux.

pp 219/221



La grande révélation de tous les systèmes de formation de dieu dans ma couille d'eau de glaire gauche.

Quand la conscience déborde un corps c'est aussi un corps qui se dégage d'elle,
non,
c'est un corps qui déborde le corps d'où elle sort,
et elle est tout ce nouveau corps.

La vie que nous menons est la façade de tout ce que l'épouvantable salacité criminelle de quelques-uns nous a laissé.
Une grotesque mascarade d'actes et de sentiments.
Nos idées ne sont que le restant d'un souffle,
souffle de nos poumons asphyxiés et ligotés,
ce qui veut dire par exemple que si la tension artérielle de l'homme est 12, elle pourrait être 12 fois 12 si elle n'était pas retenus et pilonnée quelque part pour ne pas dépasser ce sordide niveau.

p.244


Et maintenant le mal est fait,
le mal pour celui qui de tout tempsen veut: moi.
La dent
des bouches évidées

à coup de queue
et de kekette,
à coups de sexe
et de péché

(ordre de cli
toris sans tête)
dans la bouche de l'impatient.

p.270


ti lagar
ori tartura
la tartura
ara tula

ti largar
ori tartura
ra lartura

ti largar
ori tartura
ta lartula
ara tula

ti largar
ori tartura
ta ratula
ara tula

ti largar
ori tartura
ora tartula
ora tula

p.273


extraits de Interjections, in Suppôts & Supplications, Antonin Artaud, Poésie/Gallimard

vendredi 23 août 2013

l'homme et sa douleur


antonin artaud, avril 1946

samedi 14 juillet 2012

adresse au pape, par antonin artaud.


cf: oeuvres (quarto/gallimard) p.133

mercredi 6 mai 2009

artaud & co



pourquoi l'homme doit-il déféquer
seulement pour lui rappeler
qu'il a la merde en lui
pour une éternité
moins longue qu'il ne croit;
dans cette merde il nage
à la recherche d'une étoile
qu'il a vue disparaître
dans un ciel mauvais
aux brumes morcelées;
une malédiction,
sur le sol, là, gisant ...