... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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dimanche 10 novembre 2024

lundi 31 décembre 2018

Continuer...

multitude de voix
à chaque voix le sursaut
longue secousse de la mémoire surpeuplée
mots soustraits au chaos - à la pâte - surgis
du dépôt du fond - plissement - fracture -
explosion

poursuite de l'affolante mobilité - viennent en
vagues par arrachement - frottement des
surfaces -déchires et plaies

ou bien isolés dans le silence

collage autour d'eux - par peur du silence -
de la nuit dernière nuit

lesquels - froissés brisés
le son - lointaine musique - et l'appel
chercher longtemps - à travers leur
vieillissement

les vieilles voix - résistant à l'usure -
à la destruction
leur pourrissement - métamorphoses - reconnaître
de moins en moins - usés à l'épuisement -
prêts à se dissoudre au sol

mots des voix éparses - venues torturant -
douleur - au hasard d'entendre

vieilles traces d'avoir été - reconnaissance
de confusion - sans souvenir - redite

étalés là - en corps blanc - à peine à
survivre au souffle - lambeaux - déchets de
sons - leur sourde odeur - noyé dedans -
plein la bouche

bouche ouverte entre cri et silence
le son articulé jusqu'au mot - en secours -
détresse

s'y tenir - tenir bon - ne pas laisser
échapper - s'accrocher aux sons - mots là -
retour au flux - presque un apaisement
couvrir - vouloir - violence d'ouverture aux
déchirements de sons - les dérapages de mots -
syllabes broyées - bégaiement - informe -
avec effort - écorchés - à l'os - désagrégés -
cassure dans l'ordre - éclosion à partir de
là - peut-être - si possible

vague espoir de mots - à venir - avant la fin
avant qu'ils ne sombrent à nouveau - juste
avant le silence - ou déjà envahis de silence -
par mutations - à l'intérieur - au noyau -
lentement - par brûlure - fêlure du temps
incruster des voix de passages - faire
mots - pour échouage de rêve - mouvements
confus d'être - délire
naufrage du jeu - grand naufrage de dire

desserrer encre les lèvres - sans cesse
encore - laisser venir le son - le serrer
doucement - l'engluer - le retenir sans oser -
laisser couleur enfin le mot au bord des
dents - ça pour toute douceur déjà souffrance

ou tout au fond de l'éclatement - le son
râpeux qui monte - le fond de la gorge ouvert -
cogne au palais - résonne de tête - ça pour
rage impuissance dureté - encore les essais -
continuer

sans fin de mots - dans la hâte des mots -
tension toujours - tendu à dire - échec -
répétition - accompagnement sans cesse du
souffle - l'articuler - en finale - pour ne
plus l'entendre battre seul - sang aux
tempes - circulation intérieure désespérante -
l'écoulement d'un peu de sang - ça des mots -
sans doute - un peu.

ça des mots, Danielle Collobert, in Oeuvres II (P.O.L.) pp 269/271

mercredi 11 novembre 2015

Les 4 fantastiques


Ce n'est point la poësie qui est en crise, c'est la crise qui est la poësie même

mardi 5 août 2014

Totem

De l'inhumain silence
le destin apprivoisé
sécrète
les fascinations originelles
de l'invisible.

Les anciens continents
et les nouveaux espaces
reconnaissent
les sourdes musiques.

De l'isthme resplendissant
du lien
du joug
jaillit
la première figure.

(p.163)

La forme nouvelle
se sépare
à jamais 
de l'océan.




Surgie des fleurs
d'algues mouvantes
des profondeurs marines
l'apparence
enfin
glisse vers la lumière
devient minéral.

(p.164)

Les mutations s'opèrent
en spasmes déchirants.

Eclaboussures d'or
aux centre de noyaux de plomb.

Transparence soudaine
ces vieilles opacités.

Fulgurations sous-jacentes
des porphyres sanglants.

Spirales abruptes
emplies de sèves incandescentes.

Miroirs éclatés
en fleurs vivantes.

(p.165)

De l'éclat d'un cristal
l'Arbre-fleuve
la mangrove tentaculaire
envahit 
les terres conquises
les plantes continentales.




L'origine obscure
monte
le long
des racines enchevêtrées.

(p.166)

Les bûcherons
sans descendance
nés de semences fertiles
de l'hydre vaincue
frappent
les murs d'arbres
les remparts érigés
en fulguration aveugle
de nuit.



Au fond des cathédrales arborescentes
s'élabore
la taille linéaire
du Temple
dans l'ocre asymétrie
des puissances sanguinaires.

(p.167)

Le Démiurge
première fixité
Phallus solaire
principe ancien 
de ténèbres
resplendit 
d'écume astrale.


Par l'immobilité du chant
il porte
vers les sonorités d'espace
le magma grandiose
des tumultes souterrains.



Autour de lui
se polarisent
les danses 
du solstice.

(p.168)

L'anneau étoilé
comme autour d'un cratère
se resserre
en vibrations.


Sur l'orbe géant
des formes nues
oublient
la tempête équinoxiale.


Emmêlée
dans le prisme gluant
la maçonnerie pyramidale
des corps déchirés
s'agglomère.

(p.169)

La douceur errante
se grave
au noir des masques
aux sillons maritimes 
des visages.


Les écorces translucides
reflètent
l'étendue architecturale
des accouplements.


Au creux du gouffre
commence
la cérémoniale initiation.

(p.170)

L'éclosion furtive
du geste
introduit
d'érotiques dissonances.


Le déhanchement
élevé
jusqu'aux cimes du désir
clôt
le cercle de la jouissance.


Les membres dressés
évoluent
dans le sombre abîme
des replis nocturnes.

(p.171)

Les coulées de sang
de lave pétrifiée
épousent
les courbes
de chair.


Les multitudes ouvertes
s'accrochent
aux lambeaux profanés.


Les rythmes amplifiés s'organisent
en vaste pulsation.

(p.172)

La peur inattendue
arrachée
au roc de l'extase
survient
au coeur de la mort.





L'impossible pénétration
s'achève
dans le secret
des profondeurs.

(p.173)

Immobile création
le Dieu solitaire
s'accomplit.




La finalité statique
déroule
dans un vide imaginaire
la croyance
du mouvement.

(p.174)

L'immensité imperturbable
du regard 
engendre
la révolution 
des mondes.





Des mémoires englouties
renaît
l'histoire.

(p.175)

Les structures incontrôlées
s'échappent
des cycles éternels.





L'inachevé
s'épand
en moissons futures.

(p.176)

De l'épuisante totalité
soudain vibre
une chaleur rayonnante.






Au lointain
de l'absence
se manifeste
denouveau
la mobilité humaine.

(p.177)

Le symbole
retrouve
sa présence latente.





La voix
comme un écho
retourne
au flot mugissant.

(p.178)

Peu à peu
dans l'abstraction formelle
se perd
l'incantation divine.





En un éclatement foudroyant
aux confins des terres
se libère
l'Homme-soleil.

(p179)


T
O
T
E
M

extrait de Poëmes de jeunesse, in Oeuvres II (P.O.L.), Danielle Collobert


lundi 17 février 2014

une insoumise


  Je ne peux plus dire mon nom. Depuis longtemps je ne peux plus. Je n'arrive pas à l'articuler. Je bafouille désespérément  à chaque fois que l'on me pose la question, ausi les gens me demandent-ils presque toujours de le répéter. C'est pour moi quelque chose d'insupportable. J'ai l'impression que je dois le sortir du fond de moi-même, comme un crachat. Je m'écorche, je suis à vif. Et aussi soudain, je suis nu, honteux, responsable.
  Pourquoi suis-je ainsi désarmé. Mon nom. Je trouve étrange souvent, que ce soit justement ce mot que je ne peux plus prononcer. Est-ce que c'est par hasard. Qui sait.
in Meurtre, p.43

  Confusément - vibrer là - comme une corde tendue - un son unique - du grave lointain à l'aigu - souffrance dans l'aigu - insupportable - déchirement au milieu du ventre - spirale vibrante dans la tête - fuite du son inversée - retour à travers la peau - dans la vibration - fuite aussi de la lumière vers l'extrême blanc - soleil blanc à l'intérieur - incandescence aussi - insupportable - ces mots-là.
in Dire II, p.225

naissance noire quelque part
à flot - ou résistante
selon les cristallisations
selon l'état - l'avoir
pression sur lui ses rejets - battements flots d'angoisse - les peurs de mort.
allant projetant des mots l'instant de sa disparition - lutter contre le définitif - moment de l'absence.
in Il donc, p.402


extraits de Oeuvres I (P.O.L.), Danielle Collobert