... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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mercredi 15 juin 2022

Déséquilibre

Quelques traits du roman poëtique que l'on retrouvera à la lecture de mes romans: 

Roman sans paysage 
Roman à la première 
Et à la dernière personne 
Roman réduit à sa plus simple expression. 
Un personnage 
Les autres diminués. 
Un roman sans air et sans chanson aux personnages presque anonymes.
Question d'éclairage, la couleur du roman. 
Roman sans espoir sans rêve affreusement opaque. 
On ne savait même pas qu'il y aurait un roman. 
Un temps dur. Un temps sans âge. 
Le livre n'est que l'histoire la description la translation d'un remède possible. 
A une grande souffrance. 
Comment remédier à. 
Ainsi docteur des âmes j'écrirai un livre. 
Etrange drame. 
Absence de héros. 
Nous ne sommes plus à réclamer des héros dans une aventure. Un personnage suffit amplement. 
Mais justement même sommaire même réduit il ne parvient plus à accorder sa fragile présence. 
Plus que sommaire: absent. Refus de vivre. 
De participer. D'affronter. 
De parler. 
Roman du vide. 

Extrait de "Les Résumés" pp 134/135 Othello/Le Nouvel Attila Hélène Bessette.

jeudi 31 décembre 2015

à ses torts



(...)

Bleu de nuit.
En bas.
Tapage nocturne.
Deux camps.

L'ennemi repoussé vers le parc.
Monsieur et ses amis (les tenants de Monsieur)
chargés
les bras chargés

des portes démontées.
Voie de faits.
Le fracas des battants de verre. A la volée.
S'écrasent en éclats.

Pots de fleurs. Vases. Potiches. En pièces.
Traces de sang. Sur les marches de marbre.
Plusieurs batailles simultanées.
Chaleur. Temps rapide.
Monsieur et la Mère de ses enfants.

hurlements

JE ME SUICIDE

Voix folles. Démesurées.
Course vers le torrent.

(...)

in Le Bonheur Dans La Nuit ,Hélène Bessette (Laureli/Leo Scheer) pp. 99/100

jeudi 5 novembre 2015

Pas de grand artiste sans coup de hache

le décousu l'asyntaxie les néologismes les jeux avec les signifiants fragments ou déplacés tmèse hyperbate lipogrammes les calembours attestent un trouble profond des articulations phrastiques complexes un brouillage ludique de la communication toutefois en quelques cas privilégiés par l'effet du repli du langage sur lui-même la fonction poëtique se trouve singulièrement exaltée l'exigence rationnelle d'un code père (moins) lourdement remplissant intarissablement les interstices et les marges des résultats éblouissants mais fragiles une puissance têtue restant en réserve



le difficultueux déchiffrement des mots et des phrases j'avais nettement l'impression d'avoir la tête dans un noeud coulant suffoquer la table de multiplication plus obscure qu'un oracle un envol de pigeons sur la gauche la folie du sens ou le laissé pour compte as somehow anyhow they moved on more or less here sens dessus dessous le 6 le 7 le 8 le 9 je suis passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel un autre genre subjectif c'est toujours décrit respect code copyright démembré par commotion pour relever une phrase rien n'est épargné rien à raconter rien à dire




in Eros Pécadille, pp. 68/69, Laure Limongi, Al Dante

Poétesse & par ailleurs éditrice de l'oeuvre sublime d'Hélène Bessette, entre autres - Céline Minard, Raymond Federman, Julien d'Abrigeon, Béatrice Cussol, Claire Guezengar ou Billy Corgan, voire...

samedi 4 octobre 2014

Attention...

Les têtes se tournent se détournent se retournent
au bruit du frein
Telle est la réalité
Telle est sa seule propriété.
Ida propriétaire de songe catapultée
partie en l'air
cette ébauche de forme humaine dans le scintillement des lumières
c'est Ida: la morte
Non-propriétaire.
Elle se réjouissait tant de son balcon
Elle s'en faisait un plaisir à l'avance.
Vol plané
Huit à neuf mètres plus loin
Et tout retombe dans le silence
Dans l'ombre.
Y avait-il eu quelque chose ?
Ils l'ont mise à la fosse commune
De la morgue à la fosse commune
Dernière et lente promenade de la Chose-Ida
Anciennement personne
En tout cas solitaire
D'une grande d'une immense solitude. D'une solitude sans fond.
Ils l'ont mise à la fosse commune - voix dédaigneuse.
Ida coupable de pauvreté.
De n'être pas propriétaire.
Coupable aussi d'avoir refusé le Rêve-propriété.
Elle ne voulait pas rêver.
"C'est une rêveuse, elle vit en rêvant."
Allons donc. Bien au contraire.
Ses pieds. Ses fameux pieds
S'arrêtent net
Sous la grande porte cochère. La voûte d'entrée au 
Délire
Brutalement
A crier
A s'empoigner
La réalité atroce s'impose à la clairvoyance.
Impossible
Elle ne peut passer d'un monde à l'autre.
De la non-possession à la possession.
Il y a une impossibilité totale qui la submerge en flot de désespoir froid - qui la glace.
Elle prenait des pilules pour dormir. Elle se droguait. Mon dieu. Ele en est à ce point. A force de vouloir dormir.
Ne plus pouvoir. Bien réveillée. Trop réveillée.
Les yeux brillants de la fièvre intérieure
pour percer l'obscurité de la chambre
genre hôtel de dernier ordre.
- Je m'en fous. Pense-t-elle.
(Du balcon ?)
Elle ne l'aurait pas dit ainsi. Mais elle le pense.
Puisqu'elle a la fièvre.
- Elle se levait avec la fièvre. Elle prenait des comprimés tous les matins. pour la fièvre.
Elle commençait le travail avec la fièvre.




On voit les gens aller venir. Puis on découvre qu'ils sont des malades bons pour les cliniques. Ils travaillent ils mangent ils parlent. Puis on découvre qu'ils sont des pourvoyeurs d'hôpitaux. Avec des somnifères la nuit. Comprimés anti-fièvre le jour.
Avec eczéma.
Elle avait une pommade et enveloppait ses bras et ses mains chaque soir.
On les voit aller-venir. Puis on apprend qu'ils tiennent (debout) à coups de bandelettes de bandages de pansements de produits pharmaceutiques
Des représentants en pharmacie.
Sans sommeil. Avec fièvre. Avec eczéma. Avec calmants. Contagieux. Avec soins. Avec vaseline. Avec tubes et petits pots.
Des laboratoires ambulants.
Des sujets d'expérience en promenade dans les rues de la ville.
Ida vivait. Comme eux. Comme des centaines de milliers. Maintenant elle ne vit plus.
Cet hôpital ambulant. Ce laboratoire ambulant.
C'est Ida.
Cet hosto camouflé
Avec manteau remarqué.


Ils ont tout mis sur le balcon. Le balcon de rêve. Le balcon panoramique. Sud imprenable. Soleil à volonté. Avec store chatoyant. Fleurs ouvertes dans la verdure. Chaleurs larges. tables ombragées. Ouvragées. De fer forgé.
C'est là que gisent en morceaux les angoisses de Ida.
Ces chiffons empilés dans les sacs de plastique
Plus tristes encore que le cadavre
Les paires de chaussures à la débandade
Les restes de
Ida       Morte



in Ida ou le délire, pp 75/78, Hélène Bessette, Laureli/Léo Scheer


mardi 7 décembre 2010

la grandeur semble-t-il réside ailleurs maintenant.


HURLER DE PEUR.


comédienne sûrement.
fausse.encore plus.
par nécessité.
cet avilissement moral qui dépasse celui du salaire parcimonieux.
- elle ne s'est pas suicidée, murmure doucement madame besson.
elle sortait du dentiste.
c'est arrivé pendant les vacances, madame sartini.
vous ne le saviez pas. il me semblait vous l'avoir dit. je pensais qu'on vous l'avez dit.
depuis longtemps je lui demandais d'aller chez le dentiste. ses dents tombaient. elle faisait pitié. j'insistais. mais elle avait sa tête. quand elle s'est décidée. j'ai été assez surprise.


elle ne projetait pas de mourir. au contraire. elle revenait à la vie.
avec un dentier. ce reste impérissable de l'homme.
elle ne l'aura donc pas.
il ne restera rien de Ida.

RIEN


même pas une mâchoire
fossile traditionnel
(à peine une mâchoire)
pour tous
pas pour elle
là sur le trottoir. l'espoir de vivre
s'est éteint d'un coup
en deux secondes. l'espoir était en miettes. par terre.
seul le Destin restait
le destin de Ida
ce destin macabre qui peuplait ses nuits
appesanti dans les paupières baissées
regard éteint perdu vers les chaussures poussiéreuses.


in Ida ou le délire (LaureLi/Léo Scheer) pp 113/115.