dimanche 17 août 2025
éléphant.
lundi 27 novembre 2023
Personne
Longtemps, il a rêvé d'écrire un livre pour personne. Non pour soi, jean personne, mais pour cela dont il aime l'absence et l'absence de nom, comme l'autre sa passante. Lui aussi a sa passante qui n'est personne. A la fenêtre de sa chambre, s'il veut les voir, la rue en apporte chaque jour. Il pense en particulier à l'une d'elles - qui d'être particulière n'en demeure pas moins personne. Il l'a croisée dans un train. Une rencontre en train se distingue d'une rencontre dans la rue, sans que soient échangées plus de paroles. Tout se passe comme si le train, par sa grande vitesse, se chargeait provisoirement des vitesses cumulées des passagers qu'il porte, ces derniers se trouvant du même coup allégés, comme suspendus hors du temps et du mouvement qui règlent et précipitent habituellement leurs vies. Dans un train, l'éclair de la passante s'alanguit étrangement, jusqu'à durer les quelques heures du trajet.
Pour personne, Cédric Demangeot, pp72/73, L'Atelier Contemporain
mercredi 19 octobre 2022
Obnubilante
Obnubilante ma capitulée penche pour qu'on la pille. Ayant considéré je la défalque. Elle ineptie imparfaite. Elle dans sa flaque. S'inquiète et je la déguenille. Elle m'inverse dans sa conque. Elle m'héberge en son écluse et m'obscurcit dans son vin. Elle m'avale et je me vide ou redurci la réinvente. Et me rêve naissant. Dans l'aube de sa pâte. Dans l'aile de son épaisseur. Elle tumulte moi magma d'elle montagne moi coulée de le lave. Elle s'invite à boire au cou tranché du cygne - et j'ose -du bout de l'os - aboutir en l'oeil unique du cyclone qu'elle d'elle qui enlève tout le reste. Or - par plein ciel - je plombe. Elle cabre et m'encorde au retard de sa grâce. Elle arme et je rampe. Elle plonge vers le pic. Je vide son cratère. Elle aspire l'aspic. Elle avoue je dévoue - la nuit flambe et tombe sur nos mots. Dur parjure au sol. Reste nous seul - et nous seuls. Sauf l'instant d'abîme: un rien. Dehors l'exténué dégorge. On sue dans cette mer fermée soudain par le critère. Aussi les neiges ont fondu. Sa langue me lave.
Degré Noir (11) extrait de Degré Noir in Une Inquiétude p.270 Flammarion, Cédric Demangeot
mardi 2 mars 2021
Je sors (1974/2021)
jeudi 26 avril 2018
Nocuité
manquant premier. Dont acte
& terreur d'écrire (ici même) comme
pierre qui rêve - sous soi de creuser. D'où:
visse l'antiracine. A pioche exaspérée.
source résiste. On dit que c'est le coeur. Pourtant
c'est inhumain. Comme: amas d'rien, contre-noeud. Les larmes
ne rejoignent pas la mer. Elles font une petite flaque
fermée. Les oiseaux (c'est une certitude) s'y noient toute l'année.
isoler: nombreusement. D'un geste d'enfant
(petit animal magique imaginaire), démissionner
de la partouze. On a bien lu: du massacre. Opiner du dos
comme un cancre qu'on passe à la vérification. Pardon,
les larmes (les larmes de vos mères, celles
de mon chien quand je pleure vos mères), même
un arbre ne peut pas les boire. Elles sont trop chargées
de sel, de cailloux malins, de toxicité. C'est
comme le lait des morts: on ne peut (pour la soif) rien en faire.
incipit de Par pensée du dos, extrait de Dessine-moi un enfer, in Un enfer, Cédric Demangeot, p.187/188, Flammarion.
vendredi 22 janvier 2016
Degré Noir
se dévalue l'obole ou dent tombée: je
gravis le degré noir , elle bée, j'érige rien
tel doigt dur d'injure et verse haut le bol
d'urine et de jus d'os dans le goulot subtil
de l'antre rose et sur l'escarpement des cils
puis je dévale ses plis puants de femme
aux limons adossée par le blanc déferlant
de mes silos pulvérisés sur le trop pur
lac de sa face et je macule et je crie noir
sur les murs de ce bagne de neige et je la
baise et je la baigne de cela par seul amour
d'elle ci-dessous, pâmée vasque s'ouvrant,
nue matinale aimant la manne du mendiant.
extrait de Erosions suivi de Degré Noir, p.265, in Une Inquiétude (Flammarion), Cédric Demangeot

