... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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jeudi 16 novembre 2023

mercredi 11 octobre 2023

Une canne

 Ils s'embrassent. C'est une étreinte de rue, profondément. Elle tient dans sa main une canne. Elle le tient par le cou, presque par la joue, d'une main, et, de l'autre, celle qui a la canne, le serre à l'épaule. Il est de dos et comme un dos, il pourrait rester de dos toujours, avec simplement cette canne, queue raide pas à lui, passée par-dessus bord. En regardant mieux, plus près plus long, on voit qu'elle ne tient plus la canne qu'à quelques doigts, que sa main de canne est tout entière rivée à l'épaule, dévouée aux retrouvailles. Et si la canne n'était cet appendice machinal, cette habitude et cette dizaine d'années, et si son épaule à lui ne la tenait pas non plus - sans chercher d'ailleurs mais par l'effet de la pression - on aurait pu voir, dans la rue, ce matin-là, tomber une canne, du haut serré d'une étreinte. 

extrait de Ce que m'a soufflé la ville, pp78/79, Milène Tournier, Le Castor Astral

vendredi 14 juillet 2023

lundi 11 janvier 2021

Rêve même...

 


Milène Tournier, poëtesse certaine confer

sur YouTube expérimente pour le meilleur... 



mercredi 11 novembre 2020

La nuit qui vient

  Dans son petit atelier froid, le peintre ce soir a couché sa toile à terre et sur l'envers, de façon à ce que, marchant sur la toile retournée et l'écrasant doucement, se passent, dans cette part noire d'entre terre et toile, des choses inconnues, traces, chocs, frottements, et que le peintre alors connaisse la jouissance des dieux, de déclencher un monde, et l'autre jouissance des dieux, de n'en plus rien savoir.


 Finalement nuit, avoir poussé le corps ici, vers les berges, pas celles aménagées, celle plus loin, une fois le pont, celles des réchauds et toiles de tentes, celles là où ça ronfle et où moustiques et radios grésillent, celles là où les enfants courent, tombent, pleurent, crient et rient, celles là où les femmes pissent agenouillées de fatigue, leur sexe tire, le temps avant la pisse est de plus en plus long, les femmes pissent assises, sans plus l'écart, l'à peine rebond entre cuisses et sol qui permettrait de croire que corps et pisse sont séparés, comme la laisse met un écart entre le chien et la main, la bête et l'homme, les femmes s'assoient sous le ciel et la pisse ne vient pas, c'est seulement la nuit qui vient. 


 Milène Tournier, L'autre jour, p.83, Lurlure