... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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mardi 30 avril 2024

Rompez

 




in L'Intranquille, revue de littérature n°14, pp. 61/62, 2018, 
Perrine Le Querrec, Atelier de l'Agneau

samedi 9 décembre 2023

Les langues

La langue des tranchées la langue des planques la langue de la résistance la langue de la collaboration la langue du crime la langue des morts la langue des tortures la langue inconnue la langue de la fuite la langue du combat la langue du repli la langue d'espion la langue des traitres la langue des pourparlers la langue des feux la langue défaite la langue de la victoire la langue de l'autorité la langue de l'obéissance la langue barbelée la langue des des conspirations la langue du plan la langue des corvées la langue imposée la langue détournée la langue interdite la langue nouvelle la langue morte la langue murmurée la langue codée la langue exploitée la langue lamentée la langue de la faim la langue perdue la langue crachée la langue des lendemains la langue des ancêtres la langue à l'assaut la langue mitraillée la langue des mensonges la langue des promesses la langue de l'expérience la langue témoin la langue du repli la langue intime la langue populaire la langue de la peur la langue pute la langue servile la langue dominante la langue dominée la langue massacrée la langue de circonstance la langue du terrain la langue nue la langue des refus la dernière langue

Le bruit des os le bruit des dents le bruit du feu le bruit désordre le bruit des trains le bruit des portes le bruit affamé le bruit des médailles le bruit des chaînes le bruit des chargeurs le bruit des plaintes le bruit des valses le bruit des chutes le bruit du danger le bruit des coutures le bruit du bûcher le bruit de la peur

Le silence des matricules le silence de l'attente le silence des nuits le silence de la faim le silence du vacarme le silence des cicatrices le silence des vaincus le silence des embuscades le silence du premier le silence du dernier le silence des adieux le silence de la peur le silence du froid le silence de l'exil le silence des convois le silence des possibles le silence des abris le silence des étoiles le silence du manque le silence des ruines

Rompez


Les langues, Perrine Le Querrec, in L'Intranquille (revue, n°14), p.62


mercredi 30 novembre 2022

Tout tangue

Tes hanches sont poësie 
Ta bouche rime 
J'oublie de jouir j'écris 
Troue les nervures 
Les paragraphes de ton corps 
Voici l'histoire d'amour


Entre mes dents salive le vent, tu resserres l'étreinte 


J'ouvre mes cuisses lourdes de toi 
Consulte ton regard ma boussole 
 Dans l'immensité du paysage caché 

je ne vois plus 
le soleil se lever

Tu m'escalades 
Je te pariétal 
Mes doigts trempés de terre j'appuie la pulpe 
Sur tes étoiles je trace 


Extrait de La Bête, son corps de forêt, pp.8/9, Les inaperçues, Perrine Le Querrec 

samedi 14 mars 2020

Qui-vive

LA LOI

Tu n'es pas seule sera la seule voix
Fais ce que tu veux sera la seule loi
Sois qui tu veux sera la seule voie
Profite de chaque instant, le seul mantra
Vis librement est le seul choix

Extrait de Rouge Pute (La Contre Allée) p.63, Perrine Le Querrec

jeudi 5 avril 2018

Where are they been ?


Perrine Le Querrec, autoportrait, Construction, 2017

jeudi 31 décembre 2015

Lapidation Reflected...


Que fais-tu derrière mon dos ?
Tu traînes ? Tu putes ? Tu salopes ?
Et si tu ne l'a pas fait tu l'as pensé et si tu ne l'as pas pensé moi je l'ai pensé pour toi.


photographie: Man Reflected, Joel Peter Witkin, 2007
texte: Lapidation, Perrine Le Querrec, 2010

vendredi 20 février 2015

Possession, voire...

Perrine Le Querrec, sans titre, 2012

Langue (février 2013)
j'entrouve mes lèvres
je me balbutie
j'enfonce mes doigts
un à un les retire
je perce des trou tire
la langue
j'attends que ça sorte

L'homme-merde (février 2015)

L'homme merde prend de ta place prend toute la place prend ta place
attends sa récompense aime les hourras adore les rosettes
L'homme merde te publie/t'expose/t'engage/veut te sauter te publie/t'expose/t'erngage/ne peut te sauter/t'oublie
L'homme merde te saute dit t'aimer te saute l'une après l'autre il saute tous ce qu'il trouve et toujours dit t'aimer
L'homme merde condescend à te voir créer plein de morgue pour ses merdes décervelées condescend le con
L'homme merde présent dès ta naissance une fille pas de chance la route sera longue
L'homme merde, rien à faire, ni décennies, ni lois, ni mentalités, l'homme merde ne progresse pas & patriarcat machoarcat couillarcat bitarcat il pense pouvoir te gouverner te protéger t'écraser et te sauter toujours
L'homme merde tant se répand qu'on croit parfois sentir soi-même la merde
L'homme merde réduit le grandiose enfonce dans ta bouche une cueillère sale et lèche la cuillère sale et mange la cuillère sale
Hommes merde de tous pays superunis , pouvoir, superpouvoir, corps à bosse et capes au vent.

Peupler (décembre 2014)

Le problème avec les corps organisés
Les corps renfermés
Le problème avec les corps embaumés
Les substances introduites
Les organes ambulants
C'est la difficulté à peupler

C'est si dangereux les êtres organisés
Les têtes adaptées

Dans l'intérêt des sages
Des légitimes
Des nécessaires
Interdire l'accès des vivants aux morts

Miracle (décembre 2013)

je n'écris pas une histoire mais une langue
je n'écris pas une situation mais une forme
je n'écris pas des personnages mais des langages
je n'ai pas besoin de sentiments d'anecdotes d'amour
je veux des puissances des mots ajustés des possessions des folies des guérisons
je veux des volumes pas des décors pas des déguisements pas des costumes
je me fous de la narration de la progression
je marche dans la boue je tombe à genoux je frappe au coeur
chaque mot est une découverte une horeur une solitude
deux mots sont un miracle
les recherches interrogent soulèvent le sujet l'écorchent.
l'écriture est une anatomie elle sort chaque organe le pèse soupèse dissèque
je passe des mois à remettre dans ce  corpsécartelé les organes étudiés je referme suture au fil de crin au fil rouge au fil noir, la peau de mon support ses poumons remplis d'eau et de pierres tant qu'il ne respire pas je ne respire plus nous supprimons l'air entre les mots
il n'y arien de plaisant à me lire rien de confortable rien de réconfortant
la langue s'essuie au regard humide luisante elle pénètre s'insinue si bien aiguisée qu'elle scarifie laisse trace devient trace