... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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lundi 19 septembre 2022

Non, rien

 


L'ordre de la colère, Agnès Rouzier, France Culture, 1975 



mercredi 22 août 2018

Jouer du vide même

Le droit de jubiler et d'avoir peur.
L'inexorable solitude. La sécheresse. La nécessité de cette sécheresse même.

Et cependant la jubilation à la fois fragile, à la fois forte.
Le pont de bois.
Plus aucun drame, jamais.
A ta passion répond, mot pour mot, un problème froid de rigueur, l'un ne dominant pas l'autre.
Et il ne faut pas traiter comme artificielle la recherche du style, tout autant que le reste elle est travail.
Les ébauches. Retourner sur le "motif" ! Et être capable de sangloter face à certaines oeuvres. Cela ne s'appelle pas drame mais enthousiasme. Cézanne, en tant qu'home, est aussi voisin de la vie la plus extrême - vie secrète - que du silence lui aussi le plus extrême.

Retourner au plus près.
Ne pas craindre d'accumuler les dissonances.

La rupture et la continuité.

Mais tu le sais bien, il n'y a pas de dialogue.

Ecrire un "journal" qui ne soit pas écrit au "je" ?
Ecrire, ne plus écrire. Trouver une forme d'écriture qui soit aussi absolument neutre que la musique, la peinture, la sculpture. Qui parle aussi peu de soi, et aussi "fort".
La légende est le seul rapport réel avec la mort.

La musique c'était avant tout, pour toi, faire silence, c'est pour cela qu'il était impossible de l'écouter comme divertissement. Ainsi fallait-il, inéluctablement, rendre compte au vieux mot de recueillement.

Que dire ne soit jamais traduire. Mais dire.

extrait de dire, encore (pp165/167) Agnès Rouzier, Brûle Pour Point

samedi 25 juin 2016

La lenteur.

   25 juillet 1977

La lenteur. il faudrait écrire un "essai" sur la lenteur. Tout ce qui tourne autour. Etablir pour le livre une liste de mots. Le ciel se dégage. La triple ligne des collines particulièrement nette. Je suis bien. Beaucoup lire pour que cela m'enrobe. Si je pouvais il y aurait tant de variétés de plaisirs. Pourquoi me suis-je énervée, - au lieu de les vivre - samedi, à faire des choses simples ? Culpabilité ? Mais pourquoi ? Pure et simple manifestation de schizophrénie dont je ne dois tirer aucun sens.

Relire tout Rilke. Je sens que pourrai y mettre un autre regard et qu'alors j'atteindrais avec lui, mon plein sens. Faire une fiche à part pour tirer de mon journal tous les projets de travail.

La lenteur. Mais parfois aussi accélérer le travail, seul moyen d'y être vraiment prise. Serrer le journées. Les intensifier: pas un instant pour se sentir vide.
La lenteur: Virginia Woolf, Rilke, Kafka, Flaubert, Mallarmé devant sa fenêtre, Mandelstam en Arménie.

Travail sur Antonin Artaud : inquiétude. Avoir toujours à l'esprit : qu'est-ce que quelqu'un comme moi a à dire d'Antonin Artaud ? Peut-être est-il important, dans la lecture, qu'un langage subjectif réponde à un autre langage subjectif, que l'apport se fasse par juxtaposition  et non par appropriation ou généralisation; A nouveau affirmer: c'est un moi, strictement moi, qui doit parler d'Artaud. "Un acteur on le voit comme à travers des cristaux. / L'inspiration à paliers. /Il ne faut pas trop laisser passer la littérature."

in dire, encore pp.116/117 Brûle Pour Point Agnès Rouzier

samedi 30 avril 2016

La folie



Folie ?
Approche de la folie.
Seulement approche.
Lorsque la folie est, elle n'est plus.

La folie existe: la folie n'a pas d'existence.

C'est dans le pont jeté du rôle qu'est la jubilation du fou.

Quels lieux assigner à la folie ?
Quel point strictement repérable ?
Le regard que nous portons sur elle n'est que distance.
Nous ne la parlons pas.
Nous ne la voyons pas.

Et maintenant tu dis: légende. Nous ne parlerons plus que de la légende.

(Peut-on faire qu'écrire soit entendre et voir ?)

"Une grande ressource de l'âme en son secret travail est qu'au moment de la plus haute conscience elle se soustrait à la conscience et avant que dans le fait le dieu présent se saisisse d'elle, d'une parole téméraire et même blasphématoire souvent, elle se porte au devant de celui-ci, et de la sorte préserve la possibilité vive, sacrée de l'esprit. A cette hauteur de la conscience alors elle se révèle toujours comme similaire à des objets qui sont privés de conscience mais dans leur destruction assument une figure de la conscience. Ainsi de ce désert que devient tel pays qui dans le foisonnement de sa fécondité native accroît excessivement les efforts de la lumière du soleil, et dès lors devient aride. "

Le monologue du fou st si un que en perdrons totalement la rhétorique.
Ainsi tu savais, très exactement: s'il y a un ordre, il n'y a plus d'ordre.

Rien que la souveraine apparence.

Toi que nous appelions: fou.
Ici, ton langage était exactitude et mouvement. Ce point de jonction et de disjonction: ni oui, ni non, ni neutre. une perpétuelle, une fervente distance.

Un fou est comme l'absolument mort.
La mort, au niveau des vivants étant la déraison extrême.
Ce que l'on chasse.
Mais le fou divague.
divague librement ET prisonnier. Nous appartenons à l'univers des prisons. il n'y a pas de possibilté de comme parler.

La folie n'est pas de ce monde, niant (pas même niant car nier est une opération logique) annulant le temps, les conséquences, le déroulement des actes, leur devenir - un nul part qui est un cruel, un très strict "ici". Mais qui tout aussi bien exulte: "Ici."

Subissant et créant.

Aménagement de la prison ? 

Monde où la loi est un jeu. Une insolence. Dans une aliénation dont les méandres sont non seulement acceptés, mais calculés.

Il n'y a pas de traduction de la folie. Pas d'équivalence.
Regarder le soleil ou la tache aveugle. Rien d'autre.

in Dire, encore, pp. 95/97, Brûle Pour Point, Agnès Rouzier.

mercredi 11 novembre 2015

Les 4 fantastiques


Ce n'est point la poësie qui est en crise, c'est la crise qui est la poësie même

mardi 11 août 2015

Te nient. Tu cries.

"La ville maintenant, toute, se manifeste sous la lumière du soir. Elle aussi rétractile. Palpable. Comme dotée d'un organe qui respire (je ne crois pas qu'il coulât jamais de fleuve mais) une vaste place, avec cathédrale, rues que couvrent des dômes de verre (douces mains moites). C'est toujours vers la gare que tu marches, ou vers cette clinique minuscule (cheminée, rideau de fer, vasque, trois fleurs, ensemble Levitan 1925) presque gourmand de cette douleur qui va se produire. Te remodelant tout entier: tu respires à peine, parle ton souffle ( erreur: forme que tu n'as... oubli violent). Te nient. Tu cries. Tu ries (douces mains moites). Mais cela même... Départ. Démarre. Brouillard. Le train zozote. Très bref. Juste un instant. Au plus fort. Monte. Monte. Le train zozote. Te tiens les mains. Esprit distrait. Esprit soustrait. Pâlis. Espace rouge dans tout ce blanc. Coulée d'eau rouge. Tu cries. Te nie. Que faites-vous dans la vie ? D'une voix paisible. Depuis si longtemps ici ( violemment rompu le papier crépite, craque). Mains cousues, doucement, doucement moites. Mains et fureur. douleur. Recul. Plus vite. Plus vite. Vite. Vite. Vite. Vite. Vite. Monte. Rose. Te mords. Cries. Pâlis. A d'autres ! Cries. Parle(s)."

Agnès Rouzier Non, rien  Brûle Pour Point (p.115)
My own gift...

vendredi 24 juillet 2015

Foudre.


Non. Rien.

Mouvements. Allées. Venues. (Indices: nuls) (mais à nuls autres pareils. Personne ici, ne commande, n'ordonne) Allées. Venues. Soir. [Dictature.] (épaules en sang, Tissu en sang. Déchirure. Ici me moquant. Mais mords, bon dieu, mords. Instant. Instantané. Brûlure. Sexe. Couilles poilues. l'antre de tes jambes. Avale.) ( se pâme, se débat. Bave. toi, fulgurance, déjà entre ces colonnes, l'autre, dressé...)


Invincible: que l'on ne peut ni voir, ni combler.


Foudre.


Tandis que, celui-ci (que je branle, câline, accueille) paraît d'un mouvement, d'une forme incertains, rouge venu (errant). A vous donné, à nous percées (plus tendre, plus vorace accueil que ce mouvement de mes hanches, avalent, pilant, broyant (te bouffe la queue, gourmande)) [châtie bien d'être cet... si beau, si tendre, si violent, si malveillant, te pends à sa langue, bite et couilles, perçant, (me faire mal)] et toi, silence ; d'aucun point, d'aucune base, ni forme.


Perçant.


extrait de non, rien  p.109 (Brule pour point) Agnès Rouzier

dimanche 12 juillet 2015

NI



(...)

Spasmes, odeur, anses, coques de sang caillé tout votre corps miré, respirant sans vergogne. Les lauriers. Plus de bois. Plus d'absence. A toi de jouer, mes amours.


NI... (si la ligne laiteuse des collines.) Nisi Domine. Patrie perdue et retrouvée.


Et vous ne voyez plus que l'herbe qui (hors de votre vue) saute. S'avance l'abandon, ce moment du voyage. Toutes les pages immenses, délaissées en plein vol, et pour quelle lumière ? Le verre d'eau qu'il faut boire. (A vous de jouer, mes amours, puisque l'été, soir ou hiver, sans parler  des matins et des failles après-midi feintes, à vous de jouer, douceur conquise, violence apprise, plus de laurier, plus de bois, plus d'espace.)


A nouveau le présent se fait ville. Vous lance de murs en murs, (tellement de visages (toi-nous) qui tous boivent, regardent et parlent, dans un même sourire, de mêmes dents, semblable marche.) Glissant. Gisant. Vers quelle sculpture (retourne à la momie et... Déroule, bandelette, déroule, bande...) Marbre vécu. (A toi de jouer, nos amours.) Marbre adoré, abhorré, caressé : obstacle - et saute les étapes: ses hanches si bronzées.


Ni, si la ligne laiteuse des collines...


(Arrachement total de lui par lui.)


Ostentation.
Création.
Simulacre.
Spectacle.
Et le temps de la mort.

(...)

Extrait de non, rien pp 65/66 (Brule Pour Point) Agnès Rouzier

lundi 16 février 2015

Rééditer Rouzier

Alors revenait la voix - le silence - la dure alternance des interruptions, leur langage.

Phases rompus. Membres discontinus. Et le vide alentour. Eclats de couleurs, BRUSQUES, dans tout ce noir.

MAIS... Nous mettions en ce mot tous nos espoirs, toute notre force de faire obstacle, et ainsi suspendus, d'arrêter là, un instant, en abîme, temps et espace (et nous, solitaires, muets-parlant, ô notre rire). Et non point tant ici introduire opposition que dissoudre, ouvrir, MAIS, sorte de neutre, qui mollement chavire, mot concentrique.

Et par cercles s'organisent laissant intact le paysage - à la très chère, à la très belle, à la très bonne.

Image très généralement significative: sapins, herbes hautes, zones d'un ciel bleu et très pur (PRUSSE).

A la très chère, à la très belle, à la très bonne.

Comme si, zone ronde et captive, au plus obscur de l'eau - son calme - se levait un tourbillon, des vagues.

Et nous, décomposé par ce mélange, allant, venant, NOUS et fantômes, incapables d'acquérir ce corps nouveau qui pèse cependant, promesse-menace, sur notre corps ancien.

MAIS et fantômes.

Tandis que nous visitons des plaines immenses - enfonçant nos pieds dans des trous brûlants, nous baignant de sable, de pierres, d'épines, (et nos visages marqués, et nous vêtement roux, en loques, révèlent depuis longtemps la faim, la soumission à la faim, sa torture.)

Sans qu'aucune intention précède l'acte, sans même que s'organise la facilité des obstacles, dans cette transparence de l'air nacré - ici ou là, (voyages) - tandis que monte et descend cette poitrine qui respire, soulevant jusqu'à sa bouche un bol où il boit, là, retombe, remonte le geste, clé entre mille autres, et t'entraîne, chute où tu, (nous) nous prenons.

Volupté de la parole. A la très chère, à la belle, à la très bonne.


extrait de Non rien , Agnès Rouzier