La curiosité me tient éveillée devant un visage d'homme: peau trouée, défoncée, à gros grains - mais blanche, mais livide; le crâne plat, le front couvert de chanvre; le nez, la bouche tuméfiés... L'oeil au regard absent - margelle, puits, sans couleur et sans choc - horizon parfait où je m'avance, où je m'abîme, tandis qu'un rayon X me passe par-dessus la tête. Je m'efforce de croire que l'image est mal au point; je resserre, je dilate, je tripote le diaphragme étonné de mes yeux... Un silence est entre nous, une obstination. Ce doit être mon père. Il s'efforce pourtant de comprendre et moi de nous convaincre - lui, mon propre coeur et cet homme... Mais je n'ai pas plus tôt senti céder, craquer ma destinée, ramené sur moi l'infini, vu dans l'abîme adverse un cran d'arrêt - bref: le déclic du désir - que je tourne et fuis, criant, crachant mon âme, niant et reniant ma conquête, injuriant mon étoile. (...)
Extrait de Aveux non avenus, Claude Cahun, Mille et une nuits, p.151

