... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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samedi 2 décembre 2023

Fleur d'eau à la boutonnière

 un tube de pluie fine

pour tout projet d'exposition

un pur tube de pluie


à plusieurs mètres du sol

et qui tient sans suspension


extrait de l'ensemble lu de la pluie


"tentative pour isoler un cône de pluie du futur"

pourrait en être le titre

(...)

pas un hologramme


écrire les lettres du mot "hologramme"

le plus sincèrement possible

(...)

une poutre, un cheval d'arçons

pour l'homme de pluie

(...)

toute goutte de pluie produit au sol

une ombre

dans laquelle elle finit par tomber


tu me dis que ça n'est pas vrai

je te réponds regarde

tu dis c'est vrai pour n'importe quel objet

je te réponds oui mais là il y en a une pluie

(...)

tant est grande sa force d'encryptage optique

la nuit

l'homme de pluie désenvoute les noix

régénère les piles

(...)

il n'apparait pas dans les caméras de surveillance

en open source visuel

l'espace trouve en lui ce qu'il a de plus lapidé

(...)

on pourrait dire que l'homme de pluie

entre dans une salle de pluie

et en ressort


et qu'après coup

la salle n'a pas existé

(...)

qu'il va ainsi de salle en salle

comme sur un damier

de logiciel


une fleur d'eau à la boutonnière


Extrait de L'homme de pluie, 3, Cécile Mainardi, série discrète


dimanche 26 février 2017

Flous, textes

Pour avoir une idée de ce que sont les textes flous, il ne convient pas de se représenter une photo de ces textes sur sur lesquels on aurait mal fait la mise au point et qui serait une photo floue. Car, pour tout dire, je ne crois pas qu'une telle photo soit possible, pas plus que le phénomène photographiable. Une photo ça fige, ça fixe, par définition ça empêche tout défilement. Or c'est précisément là, pendant qu'on les lit et qu'ils défilent devant vos yeux, que les textes flous le deviennent. On peut même craindre qu'une fois photographiés, ils ne redeviennent nets et qu'il faille à nouveau les relire photographiés pour que le phénomène se reproduise, et ainsi de suite... En réalité, flous ils ne le sont jamais en soi sans lecteur. Cesse-t-on par exemple de les lire pour seulement les regarder, ou pour en compter les mots, que le phénomène s'arrête, et dans ce cas-là on ne sait plus du tout de quoi ils parlent. Ce n'est pas qu'écrits trop petit ou à une trop grande distance de vos yeux, vôtre vue s'abîme dans leurs contours, ni qu'une buée optique les enveloppe soudain qui en nimbe le tracé, ni encore que votre regard les traverse machinalement dans un moment de distraction, ayant réglé son plan focal en deçà ou au-delà de la page. Non, pas du tout. Flous, ils le deviennent d'eux-mêmes, par eux-mêmes et sans explication. Et si, avant qu'ils ne se volatilisent dans le fond grisé de la page, réduits à l'état de fumée graphique, on parvient à les déchiffrer jusqu'au bout, ce qui semble quasi-impossible étant donné que plus on accélère la vitesse de la lecture, plus ils perdent en netteté, et que plus on la ralentit, moins on a de chance d'aller jusqu'au bout (on imagine une lecture à vitesse variable qui permettrait quand même d'en suivre le sens d'ensemble), on a la nette impression qu'ils n'ont parlé de rien.


extrait de Promenade aux phrases (when Mainardi meets Woolf) in Rose activité mortelle (Flammarion, p.110)  Cécile Mainardi

dimanche 13 novembre 2016

Désunion - à ton ombre

*
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*
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Je te rejoins donc là, remonte à ta surface,
t'atteins par paliers successifs,
conformément à ce que je déforme en toi
d'axe au ralenti et en devenir, tu dis non
du regard, tu m'encaisses et j'ai
du mal à t'encaisser. Plus qu'une simple désunion
à ton ombre, tu glisses autre chose
que ta langue dans autre chose que ma
bouche, désenclenches d'intarissables récits
de mort et de combat, fais s'abreuver
le reflet d'animaux dans le corps d'animaux
réels, laisses vide la place de leur nom,
accoles leurs lèvres au double monde
fais qu'ils relèvent sensuellement
la tête en direction d'un univers plus vaste
qu'avant d'y avoir bu, désassembles
le sens des mots, j'en profite pour te
dire que je ne te vois plus ou continue
avec ta main, histoire de commenter la ruine exacte
qui les gagne, l'erreur qui les contamine,
éprouver dans ma voix leur degré d'atomisation,
les dire en gros plan, hors d'échelle
et référent perdu, tu les comprends
néanmoins, et sourd, les exécutes, sourd,
me renvoyant dans les yeux la preuve amoureuse
de ton courtisan désaccord, du conflit libre et
aguichant que tu mènes, tu rends, tu
augmentes en masse et en désir, me retournes
sur le ventre et je serais de toi l'ombre
de toi portée si aussitôt tu ne me recouvrais
pas d'une autre eau, ne dévastais/revisitais mon
déluge, ne frappais mon épître de chair
d'une tout autre hécatombe, d'un tout autre
effondrement de langage, en cinq lettres
cette fois-ci, je suis ta squaw, pourrais-je dire,
je ne le dis pas, je fais moins que le dire,
plus que le penser, directement je te mords,
c'est à ton poignet à qui j'arrache le silence
de mon plaisir que sans verbe et sans nom
ça a lieu.
*
*
*
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extrait de IV. Rose Activité Mortelle in Rose Activité Mortelle (Flammarion) pp. 194/195 Cécile Mainardi


Mainardi par Roxane Petitier, 13 Mars 2015, Nice