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lundi 17 avril 2023
samedi 19 août 2017
Elsa
Un jour, peu avant de partir, K. fut appelé au téléphone et invité à se rendre au parquet sur-le-champ. On le mettait soigneusement en garde contre la tentation de ne pas obéir. Les réflexions inouïes auxquelles il se livrait, disant que les interrogatoires étaient inutiles, n'avaient pas de résultat et n'en pouvaient avoir, qu'il ne s'y rendrait plus, qu'il ne tiendrait plus compte d'aucune convocation par lettre ou téléphone et qu'il jetterait les messagers à la porte, tout cela avait déjà été enregistré et lui avait déjà beaucoup nui. Pourquoi cette indocilité ? Ne s'évertuait-on pas à régler son affaire, une affaire si compliquée, sans jamais regarder au temps, à la dépense ? Voulait-il contrarier ce travail de gaieté de coeur et provoquer les mesures violentes qu'on lui avaient épargnées jusqu'ici ? La convocation de ce jour représentait une dernière tentative. Qu'il en fît sa tête, mais qu'il réfléchît bien que la haute justice ne pouvait entendre raillerie.
[Or,] K. avait promis à Elsa de lui rendre visite ce soir-là et, ne fût-ce que pour cette raison, ne pouvait se rendre au tribunal; il fut heureux de pouvoir se justifier ainsi de ne pas y aller, encore que cette justification ne dût jamais trouver son emploi, et qu'il se fût sans doute également abstenu [de se rendre au tribunal] même s'il n'avait pas eu la moindre obligation. Quoi qu'il en soit, fort de son droit, il demanda au téléphone ce qui se produirait s'il ne venait pas. " On saura vous trouver, lui fut-il répondu. - Et serai-je puni de n'être pas venu de mon plein gré ? demanda-t-il en souriant, curieux de ce qu'il allait entendre. - Non, lui dit-on. - Parfait, dit K., mais quelle raison aurais-je d'obéir à la convocation d'aujourd'hui ? - On n'aime pas en général provoquer les mesures violentes de la justice" dit la voix qui devint plus faible et s'éteignit. "Il est très imprudent au contraire de ne pas le faire, pensa K. tout en s'en allant, il faut essayer de savoir [par expérience] ce que sont ces mesures violentes."
Il se rendit chez Elsa sans une hésitation. Confortablement rencogné dans la voiture, les mains dans les poches de son manteau - il regardait la rue s'agiter à ses pieds. Ce n'était pas sans satisfaction, qu'il se disait que le tribunal, s'il était vraiment en fonction, [se trouvait] en ce moment [à cause de lui dans] de sérieuses difficultés. Il n'avait pas dit clairement s'il viendrait ou ne viendrait pas.; le juge l'attendait donc, et peut-être toute une foule; le seul K. ne paraîtrait pas, pour la déception de la galerie. Sans se soucier de la justice il se rendait où il voulait. Il se demanda un moment s'il n'avait pas par distraction donné l'adresse du tribunal à son cocher et lui lança bruyamment celle d'Elsa; le cocher approuva de la tête: c'était bien ce qu'on lui avait dit. A partir de ce moment-là K. cessa petit à petit de penser au tribunal, et l'idée de la banque se mit comme autrefois à l'accaparer tout entier.
extrait du Procès in chapitres inachevés pp.288/289 Folio/Gallimard, traduction Alexandre Vialatte
[Or,] K. avait promis à Elsa de lui rendre visite ce soir-là et, ne fût-ce que pour cette raison, ne pouvait se rendre au tribunal; il fut heureux de pouvoir se justifier ainsi de ne pas y aller, encore que cette justification ne dût jamais trouver son emploi, et qu'il se fût sans doute également abstenu [de se rendre au tribunal] même s'il n'avait pas eu la moindre obligation. Quoi qu'il en soit, fort de son droit, il demanda au téléphone ce qui se produirait s'il ne venait pas. " On saura vous trouver, lui fut-il répondu. - Et serai-je puni de n'être pas venu de mon plein gré ? demanda-t-il en souriant, curieux de ce qu'il allait entendre. - Non, lui dit-on. - Parfait, dit K., mais quelle raison aurais-je d'obéir à la convocation d'aujourd'hui ? - On n'aime pas en général provoquer les mesures violentes de la justice" dit la voix qui devint plus faible et s'éteignit. "Il est très imprudent au contraire de ne pas le faire, pensa K. tout en s'en allant, il faut essayer de savoir [par expérience] ce que sont ces mesures violentes."
Il se rendit chez Elsa sans une hésitation. Confortablement rencogné dans la voiture, les mains dans les poches de son manteau - il regardait la rue s'agiter à ses pieds. Ce n'était pas sans satisfaction, qu'il se disait que le tribunal, s'il était vraiment en fonction, [se trouvait] en ce moment [à cause de lui dans] de sérieuses difficultés. Il n'avait pas dit clairement s'il viendrait ou ne viendrait pas.; le juge l'attendait donc, et peut-être toute une foule; le seul K. ne paraîtrait pas, pour la déception de la galerie. Sans se soucier de la justice il se rendait où il voulait. Il se demanda un moment s'il n'avait pas par distraction donné l'adresse du tribunal à son cocher et lui lança bruyamment celle d'Elsa; le cocher approuva de la tête: c'était bien ce qu'on lui avait dit. A partir de ce moment-là K. cessa petit à petit de penser au tribunal, et l'idée de la banque se mit comme autrefois à l'accaparer tout entier.
extrait du Procès in chapitres inachevés pp.288/289 Folio/Gallimard, traduction Alexandre Vialatte
lundi 9 janvier 2017
Play blessures...
(...)
Mon travail se clôt, comme peut se refermer une plaie qui n'est pas guérie.
(...)
in Journal, 8 Mai 1922
lundi 7 novembre 2016
samedi 16 juillet 2016
samedi 12 mars 2016
Que je te conduise...
Il lui avait été impossible d'entrer dans la maison, car il avait entendu une voix qui lui disait: "Attends que je te conduise !" De sorte qu'il était encore devant la maison, couché dans la poussière, bien que tout fût depuis longtemps sans espoir (comme dirait Sarah).
Tout est chimère, la famille, le bureau, les amis, la rue, tout est chimère, et chimère plus ou moins lointaine, la femme; mais la vérité la plus proche, c'est que tu te cognes la tête contre le mur d'une cellule sans porte ni fenêtre.
in Journal, 21 octobre 1921
vendredi 18 décembre 2015
Liées, même...
Lundi, jour férié, je suis allé au Jardin botanique, puis au restaurant et à la Galerie. Joie et peine, culpabilité et innocence, comme deux mains croisées dans une étreinte que rien ne peut rompre; pour les séparer, il faudrait couper à même la chair, le sang et les os.
in Journal, 8 décembre 1919
vendredi 4 décembre 2015
K...
extrait de l'abécédaire - hommage à Deleuze - de Liliane Giraudon à découvrir sur Diacritik
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dimanche 4 octobre 2015
le désir, la peur.
Toujours la même pensée, le désir, la peur. Je suis cependant plus calme que d'habitude, comme si une grande transformation était en train de s'accomplir dont je serais le frémissement lointain. C'est trop dire.
in Journal, 6 Juillet 1919
mardi 3 mars 2015
du côté du fleuve...
Jusqu'ici je n'ai pas noté les choses décisives, le fleuve que je suis forme encore deux bras. Le travail qui m'attend est énorme.
in Journal, 10 novembre 1917
mardi 29 juillet 2014
trompettes d'alarme du Néant
Une fois encore, je jetai un cri dans le monde, à pleins poumons. Puis on m'enfonça un bâillon dans la bouche, on me ligota les mains et les pieds et l'on me mit un bandeau sur les yeux. On me fit rouler plusieurs fois en tous sens, on me dressa sur mon séant, puis on me coucha de nouveau par terre, et ceci également plusieurs fois; enfin on m'étira les jambes par saccades si violentes que je me cabrai de douleur et on me laissa tranquille un instant; mais ensuite, on m'enfonça je ne sais quel objet pointu dans la chair, çà et là, par surprise, selon l'inspiration du moment.
Je suis assis depuis des années au grand carrefour, mais je devrai quitter ma place demain, parce que le nouvel empereur arrive. Je ne me mêle à rien de ce qui se passe autour de moi, tant par principe que par répugnance. Il y a bien longtemps que j'ai cessé de mendier; les vieux passants me donnent quelque chose par habitude, par fidélité, parce qu'ils me connaissent, les nouveaux venus suivent leur exemple. J'ai une petite corbeille, posée à côté de moi, dans laquelle chacun jette ce qu'il juge bon de donner. Mais c'est justement parce que je ne m'occupe de personne, parce que je garde une âme et un regard sereins au milieu du tapage et de l'absurdité de la rue, que je comprends mieux que quiconque tout ce qui concerne ma position, mes exigences justifiées. C'est pourquoi ce matin, quand un agent de police, qui me connaît naturellement, mais que, tout aussi naturellement, je n'avais encore jamais remarqué, quand cet agent de police s'est arrêté devant moi et m'a dit: "C'est demain l'arrivée de l'empereur, ne t'avise pas d'oser venir ici", je lui ai répondu par cette question: "Quel âge as-tu ?"
in Journal, 3 août 1917
mercredi 15 janvier 2014
l'avenir est loin...
(...)
Est-il possible que ma raison et mon désir me fassent d'abord connaître l'avenir dans ses contours glacés et que je n'entre dans la réalité de ce même avenir que progressivement, tiré et poussé par eux ?
Il nous est permis de prendre dans notre propre main la volonté, ce fouet, et de la brandir au-dessus de notre tête.
in Journal, 16 octobre 1916
mercredi 2 octobre 2013
que le vide
in Journal, 19 juin 1916
lundi 5 septembre 2011
tourments infinis.
désespoir vide, impossible de s'y installer. je ne pourrai faire halte que lorsque je serai satisfait de ma souffrance. (25 novembre 1914)
drapeaux noirs. mais comme je lis mal ! avec quel regard méchant et débile je m'observe ! il faut croire que je ne puis pas forcer la porte du monde, mais que je peux rester tranquillement couché, concevoir, développer en moi ce qui a été conçu, et me produire tranquillement. (20 janvier 1915)
in journal...
drapeaux noirs. mais comme je lis mal ! avec quel regard méchant et débile je m'observe ! il faut croire que je ne puis pas forcer la porte du monde, mais que je peux rester tranquillement couché, concevoir, développer en moi ce qui a été conçu, et me produire tranquillement. (20 janvier 1915)
in journal...
samedi 1 mai 2010
gustav janouch dixit
vendredi 15 janvier 2010
la séduction absolue du mal, c'est la provocation au combat
nuit d'insomnie. déjà la troisième d'affilée. je m'endors bien, mais je me réveille au bout d'une heure comme si j'avais posé ma tête dans le mauvais trou. je suis complètement réveillé, j'ai le sentiment de n'avoir pas dormi du tout ou de n'avoir dormi que sous une peau mince, je me retrouve devant la nécessité de travailler à m'endormir et je me sens rejeté par le sommeil. et à partir de ce moment jusque vers cinq heures du matin, je reste dans cet état où je dors, certes, mais où, en même temps, des rêves violents me tiennent éveillés. je dors véritablement à côté de moi, tandis qu'il me faut, en même temps, me battre avec des rêves. vers cinq heures, j'ai consommé jusqu'à la dernière trace de sommeil, je ne fais plus que rêver, ce qui est plus épuisant que de veiller. bref, je passe toute la nuit dans l'état où se trouve un homme sain,un moment avant de s'endormir pour de bon. quand je me réveille, tous les rêves sont rassemblés autour de moi, mais je me garde bien de les approfondir. au petit jour, je gémis, la tête dans les coussins, parce que tout est perdu pour cette nuit. je pense à ces nuits d'autrefois,à ces fins de nuits où j'étais tiré d'un profond sommeil et où je me réveillais comme si j'avais été enfermé dans une noix.in journal. 2 octobre 1911
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