... MAIS ELLE PERDURE, LA FOLIE

photographie: mat jacob
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vendredi 18 novembre 2022

Soubresauts, excipit

  (...) Là donc tout ce temps où jamais avant et quelque part qu'il cherchât des yeux nul danger ou espoir selon le cas d'en jamais sortir. Fallait-il donc comme si de rien n'était pousser de l'avant tantôt dans une direction tantôt dans une autre ou au contraire ne plus bouger selon le cas c'est-à-dire selon ce mot perdu lequel s'il s'avérait négatif tel que malheureux ou malvenu par exemple alors évidemment malgré tout l'un et au cas contraire alors évidemment l'autre à savoir ne plus bouger. Tel à titre d'échantillon le vacarme dans son esprit soi-disant jusqu'à plus rien depuis ses tréfonds qu'à peine à peine de loin en loin oh finir. N'importe comment et n'importe où. Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir.

Soubresauts, excipit, pp 26/28, Samuel Beckett, Editions de Minuit, traduction de l'anglais par l'auteur

vendredi 17 juin 2022

Merdrer bel


J'estime qu'être un artiste est échouer comme nul autre n'ose échouer, que l'échec constitue son univers et son refus désertion, arts et métiers, ménage bien tenu, vivre 

mercredi 2 mars 2022

mercredi 9 septembre 2020

Beckett burning alone


bois seul

 bouffe brûle fornique crève seul comme devant

les absents sont morts les présents puent

sors tes yeux détourne-les sur les roseaux

se taquinent-ils ou les aïs

pas la peine il y a le vent

et l'état de veille

in Poëmes , suivi de Mirlitonnades, p.13, éditions de Minuit

Photographe inconnu

lundi 21 mai 2018

Sanctuaire(s)

 (...)
 L'hystérie des personnages beckettiens est intimement liée au lieu et à un imaginaire de l'espace. cette topologie hystérique fait l'objet de nombreuses notations dans les textes, ainsi que la disposition du ou des corps à l'intérieur de ce "site" matriciel. Dès Eleutheria Beckett s'intéresse explicitement davantage au dispositif, qu'il nomme "site", qu'à l'action, reléguée au deuxième plan: " Cette pièce comporte, aux deux premiers actes, une mise en scène juxtaposée de deux endroits distincts et, partant, deux actions simultanées, action principale et action marginale [...] à vrai dire, moins une action qu'un site, souvent vide ", peut-on lire au tout début des actions scéniques qui ouvrent le texte. Pas surprenant donc, si Monsieur Endon, le malade mental à qui Watt dispute sa fameuse partie d'échec, renvoie, du fait de l'étymologie grecque de son patronyme, à un "en-dedans".
 Ces "en-dedans" sont comparables à "l'intérieur" d'un "crâne". Ce sont des "caveaux", métaphore privilégiée de la tête depuis le "Spleen" de Baudelaire. L'espace qu'habite le narrateur de Malone meurt n'est rien de plus qu'un "réduit" où "il y a une sorte de nuit et de jour". Il "vrombit" à intevalles réguliers, tandis que "le plafond s'approche, s'éloigne, en cadence, comme lorsqu'il était foetus". L'innommable, qui a passé toute son existence sur une "île" se trouve engoncé dans une jarre, à la fois prison et protection, comme plus tard les trois acteurs de Comédie. Il ne connaît qu'elle. Les formes circulaires dominent dans son imaginaire. Sa maison donne "de plain-pied sur l'arène" où il "parachève ses girations". Quand il dort, c'est bien sûr dans un "petit lit à baldaquin", un "berceau". Il est "tantôt dans une tête, tantôt dans un ventre". Comme dans nos rêves, les espaces, poreux, se métamorphosent par contiguïté. Une chambre devient une jarre qui devient une tête qui devient un ventre. Ces contenants (chambre, bagages, véhicules, villes) fonctionnent comme des symboles de l'utérus que Beckett avait repéré chez Otto Rank. L'écrivain sature les premières pages de Molloy et de Malone meurt de ces symboles, à tel point qu'il est difficile de décider si la voix narrative, à l'instar de celle entendue par Watt, est tout à fait "sérieuse" ou pas: "Je vis dans la chambre de ma mère. C'est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j'y suis arrivé. Dans une ambulance, peut-être, un véhicule quelconque certainement." Plus tard, dans les textes abstraits et minimalistes des années soixante, ces espaces, cartographiés avec précision, vont se géométriser, pour devenir des arènes, des rotondes ou des cylindres, à l'image du "cylindre surbaissé" du Dépeupleur avec ses "niches" et ses "alvéoles". Ainsi, s'explique également la fascination de Beckett pour les cagibis, les pièces fermées, et autres "petit(s) sanctuaire(s)" dans lequel il place ses personnages dans ses pièces télévisées, le poste de télévision n'étant qu'un prolongement idéal de ces contenants divers.
(...)

in Samuel Beckett et la passion maternelle ou l'hystérie à l'oeuvre, pp.79/80, Pascale Sardin, Presses universitaires de Bordeaux

NB: Jadis, Sardin fut ma prof de Littérature anglophone à Bordeaux III. Elle était une jeune enseignante, et moi, un étudiant déjà - presque - trop vieux. Je la trouvais admirable -j'avais un béguin, sûr- mais à la découverte, quelques années plus tard, de ce court et roboratif essai sur Beckett - que, hasard, j'étudiais en Littérature francophone à la même époque - je compris que ce béguin avait tout à voir avec le talent: elle était une remarquable autrice...

mercredi 28 janvier 2015

les mots sont partout

(...), qu'est-ce qu'ils veulent, que je sois ceci, que je sois cela, que je crie, que je bouge, que je sorte d'ici, que je naisse, que je meure, que j'écoute, que j'écoute, ce n'est pas assez, que je comprenne, j'essaie, je ne peux pas, je n'essaie pas, je ne peux pas essayer, j'en ai assez, le pauvre, eux aussi, qu'ils disent ce qu'ils veulent, qu'ils me donnent quelque chose à faire, quelque chose de faisable, pour moi, les pauvres, ils ne peuvent pas, ils ne savent pas, ils me resssemblent, de plus en plus, plus besoin d'eux, plus besoin de personne, personne n'y peut rien, c'est moi qui parle, inutile de se raconter des histoires, dans la soif, dans la faim, dans la glace, dans la fournaise, on ne sent rien, que c'est curieux, on ne sent pas une bouche, on ne sent plus la bouche, pas besoin d'une bouche, les mots sont partout, dans moi, hors moi, ça alors, tout à l'heure je n'avais pas d'épaisseur, je les entends, pas besoin de les entendre, pas besoin d'une tête, impossible de les arrêter, impossible de s'arrêter, je suis en mots, je suis fait de mots, des mots des autres, quels autres, l'endroit aussi, l'air aussi, les murs, le sol, le plafond, des mots, tout l'univers est ici, avec moi, je suis l'air, les murs, l'emmuré, tout cède, s'ouvre, dérive, reflue, des flocons, je suis tous ces flocons, se croisant, s'unissant, se séparant, où que j'aille je me retrouve, m'abandonne, vais vers moi, viens de moi, jamais que moi, qu'une parcelle de moi, reprise, perdue, manquée, des mots, je suis tous ces mots, tous ces étrangers, cette poussière de verbe, sans fond où se poser, sans ciel où se dissiper, se rencontrant pour dire, se fuyant pour dire, que je les suis tous, ceux qui s'unissent, ceux qui se quittent, ceux qui s'ignorent, et pas autre chose, si, tout autre chose, que je suis tout autre chose, une chose muette, dans un endroit dur, vide, clos, sec, net, noir, où rien ne bouge, rien ne parle, et que j'écoute, et que j'entends, et que je cherche, comme une bête née en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage et mortes en cage nées et mortes en cage de bêtes nées en cage mortes en cage nées et mortes nées et mortes en cage en cage nées et puis mortes nées et puis mortes, comme une bête dis-je, disent-ils, une telle bête, que je cherche, comme une telle bête, avec mes propres moyens, une telle bête, n'ayant plus de son espèce que la peur, la rage, non, la rage est terminée, que la peur, plus rien de tout ce qui lui revenait que la peur, centuplée, la peur de l'ombre, non, elle est aveugle, elle est née aveugle, du bruit, si l'on veut, il le faut, il faut quelque chose, c'est dommage, c'est comme ça, peur du bruit, peur des bruits, bruits des bêtes, bruits des hommes, bruits du jour et de la nuit, ça suffit, peur des bruits, tous les bruits, plus ou moins, plus ou moins peur, tous les bruits, il n'y en a qu'un, qu'un seul, continu, jour et nuit, qu'est-ce que c'est, c'est des pas qui vont et viennent, c'est des voix qui parlent un moment, c'est des corps se frayant un chemin, c'est l'air, c'est les choses, c'est l'air parmi les choses, ça suffit, que je cherche, comme elle, non, pas comme elle, comme moi, à ma façon, que dis-je, à ma manière, que je cherche, qu'est-ce que je cherche maintenant, ce que je cherche, je cherche ce que c'est, ça doit être ça, ça ne peut être que ça, ce que c'est, ce que ça peut être, ce que ça peut bien être, quoi, ce que je cherche, non, ce que j'entends, ça me revient, tout me revient, je cherche, j'entends dire que je cherche ce que ça peut bien être, ce que j'entends, ça me revient, d'où ça peut bien venir, jusqu'à moi, puisque ici tout se tait, (...)

in L'Innommable, Samuel Beckett, Minuit/Double (pp 165/167)


lundi 1 novembre 2010

où maintenant? quand maintenant ? qui maintenant ?

de l'épuisement du langage...





(...) Je vais vite essayer. Essayer quoi. Je ne sais pas. De continuer. Maintenant il n'y a personne. Voilà une bonne continuation. Plus personne , c'est gênant, si j'avais de la mémoire je saurais peut-être que c'est là le signe de la fin, de la pause qui peut être la bonne, la dernière, n'avoir plus personne, personne de qui parler, personne qui vous parle, devoir dire, C'est moi qui me fait cette vie, c'est moi qui me parle de moi. Alors le souffle manque, c'est la fin qui commence, on se tait, c'est la fin, ce n'en est pas une, on recommence, on a oublié, il y a quelqu'un, quelqu'un qui vous parle, de vous, de lui, puis un deuxième, puis un troisième, puis le deuxième encore, puis les trois à la fois, ces chiffres à titre d'indication, tous à la fois, qui vous parlent, de vous, d'eux, je n'ai qu'à écouter, puis ils s'en vont, un à un, ils se taisent, un à un, et la voix continue, ce n'est pas la leur, ils n'ont jamais été là, il n'y a jamais eu personne, personne que vous, jamais eu que vous, vous parlant de vous, le souffle manque, c'est presque la fin, le souffle s'arrête, c'est la fin, ce n'en est pas une, je m'entends appeler, ça recommence, ça doit se passer comme ça, si j'avais de la mémoire (...)

in l'innommable

samedi 25 avril 2009

nues (cher oncle sam)

nues âmes passagères dissolues
nues folies meurtrières erratiques
nues déchéances insanes et subtiles
nues traces amères de vassales salives

seul avec peine égaré,c'était lui qui faisait disparaître les cailloux sur sa route, pour les porter à sa bouche, et les suçoter parfois...